De 68 au Web 2.0
de la nostalgie de la révolution prolétarienne à la réalité de la révolution pronétarienne (en écrivant cet article, une émission à la télé, et cette évocation de ce qu’a été, entre autre, Mai 68... prétexte à ce titre)
En ces périodes de commémoration, je voudrais juste faire un parallèle entre les évènements d’il y a 40 ans et ce que nous vivons aujourd’hui. Dans notre petite biblioblogosphère, on a tendance à être du côté de Joël de Rosnay quand il parle de révolution ou de Marc Le Glatin quand il parle de séisme dans la culture. Comme les étudiants et quelques autres avaient conscience de participer à une véritable révolution, culturelle et sociale, à défaut d’être politique. Mais tout le monde n’est pas d’accord avec nous, et je ne suis pas sûr qu’on en ait toujours conscience, persuadés que nous sommes de détenir la vérité.
Comme on me l‘a dit récemment, « c’est une mode, ça passera ».
Je vois ce genre d’idées très souvent autour de moi, venant d’amis et de relations, très compétents dans leurs domaines, mais sont hermétiques à ce qui se passe, et ignorent tout du web 2.0. Que ce soient des collègues, des administratifs, des directeurs d’équipements sociaux, des artistes,… ils n’y entendent rien ! Ils ne connaissent pas les outils, ignorent les usages que l’on peut en faire, les réseaux ça ne leur parle pas, le libre fait du tort à ce qu'on dit, le téléchargement n'en parlons pas... Et ce sont des gens qui utilisent internet, culturellement et socialement plutôt bien placés.
Où se situe la fracture numérique ? J’aurais tendance à croire qu’elle est ici, entre ceux qui investissent les réseaux et les outils collaboratifs, ceux qui mettent en œuvre cette intelligence collective qui pour nous est bénéfique à la société, et ceux qui utilisent passivement, par habitude, ce qu‘on leur donne. Ceux qui participent et ceux qui regardent. En 68 ils auraient regardé les événements à la télé, et certains auraient certainement descendu les Champs.
Qui a raison ? Nous ? La naïveté du pronétaire militant porterait à le croire. Eux ? Ils en sont persuadés aussi. Bien entendu il faut être plus nuancé et dans le cas présent ne pas oublier qu’il y a un « après ». Et si 68 était une révolution nécessaire et particulièrement bénéfique sur certains points, l’après 68 a peut-être entrainé quelques dérives. Que sera l’après web 2.0 ? A nous d’essayer de nous garder de ces dérives attendues, la principale touchant certainement la question de l’identité numérique. Nous devons en avoir conscience et rester lucides. Mais c’est une bonne chose de participer à ce mouvement et d’apporter notre pierre à l’édifice.
Cela ne sert à rien de dire « c’est une mode, ça passera ». 68 est passé bien entendu, mais pour notre bien à tous il a existé. Le web 2.0 passera aussi, mais l’évolution sociale et culturelle qu’il apporte va modifier nos comportements pour longtemps.
Et les bibliothèques dans tout ça ? Aider à comprendre, à participer, à s’engager. Pourquoi nous ? Service public pour une cause d’intérêt public. Connaissances liées au métier. Médiateurs. Notre travail est probablement aujourd'hui de limiter cette fracture numérique liée à la méconnaissance du web 2.0 et de ce qu'il implique. A nous de nous transformer en pèlerins et de prêcher la bonne parole autour de nous, en incluant cette "formation" dans la vie quotidienne de ceux avec lesquels nous travaillons, collègues, partenaires, autres services de la collectivités,...