De la Bibliothèque vivante.
Merci à Xavier Galaup de nous avoir parlé de la bibliothèque vivante. Cela a fait immédiatement "tilt", en ouvrant une porte vers un possible, délicat à mettre en oeuvre sans doute, mais qui correspond à une orientation de nombreuses bibliothèques. Cette notion de "bibliothèque vivante" ne fait que pousser jusqu'au bout des idées déjà présentes, avec un coté provocateur, voire choquant, qui interpelle, nous remet en question. Dans les commentaires EQ a indiqué l'existence d'un livre du Conseil de l'Europe, "La couverture ne fait pas le livre! le guide de l'organisateur de la bibliothèque vivante". Vous pouvez le télécharger ici, il éclaire sur les enjeux et montre les réalisations en Norvège, au Danemark ou en Hongrie.
Le but essentiel est de lutter contre les préjugés et les racismes en permettant la rencontre et le dialogue entre des personnes qui n'auraient jamais eu l'occasion de s'adresser la parole, une opportunité d'apprentissage interculturel et de développement personnel.
Mais à côté de cet objectif d'origine, on peut ajouter un autre point de vue plus directement lié aux bibliothèques (je n'ose pas dire les "vraies", comme si les livres vivants n'étaient pas vrais !), tiré de l'expression d'Hampâté Bâ « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brule ».
Les bibliothèques, les universités, ne sont pas seules à détenir le savoir, la connaissance ; on voit avec le web 2.0 l'éclatement de ce monde de l'information et de la connaissance, et les "vrais" gens reprendre de l'importance face aux intellectuels. Mais on le sait bien nous, bibliothécaires, que les habitants de nos villes, de nos quartiers, détiennent de précieux savoirs (humains, techniques, culturels...), sinon on ne se lancerait pas dans des ateliers d'écriture, des expositions, des rencontres-débats, destinés à mettre en valeur la mémoire et la culture de ces populations. Quand j'étais en Guyane c'était également très présent, avec les cultures amérindiennes et noir-marrons. On agit déjà avec des "bibliothèques vivantes", même si le mot n'est pas employé. Mais il a une valeur symbolique qui mérite d'être réutilisé.
Pour beaucoup (beaucoup de ceux qui n'y mettent pas les pieds), la bibliothèque est un temple du savoir, de l'éducation, et représente ce qui est inaccessible. Alors, qu'un shibani, un Noir (exemple donné), un ex-drogué ou une ni-pute ni-soumise, puissent être qualifié de bibliothèque, cela choque. Et pourtant ce serait bien à nous d'organiser de telles "bibliothèques vivantes" !. Et d'inclure ces personnes dans nos catalogues, réellement, par le biais d'une vidéo, d'un enregistrement, d'un texte.
Le lendemain de l'article de Xavier Galaup, j'ai participé aux "rencontres territoriales de la ville", grand raout national, piloté chez nous par le préfet à l'égalité des chances. J'ai donc dit un mot sur la place des bibliothèques, comme toujours, on a l'habitude, mais en y introduisant la "bibliothèque vivante" telle qu'envisagée ci-dessus. Le lieu n'était pas propice à des commentaires poussés, mais quelques contacts hors séance ont montré que l'idée intéressait.
S'engage donc pour moi une réflexion avec les partenaires des cités voisines et de plus loin sur une éventuelle mise en place de "bibliothèque vivante", inter-quartiers de la ville de préférence, peut-être à l'occasion d'une manifestation importante comme Lire en fête ou un festival (c'est ainsi qu'ils opèrent dans les pays du Nord, dans les festivals de musique). En faisant atention de ne pas tomber dans un voyeurisme, un effet "télé-réalité" qui lui serait préjudiciable.
Si d'autres collègues vont déjà dans ce sens ou ont envie de le faire, merci de me contacter.