Inventer chaque matin (1)
Pour inventer chaque matin de quoi satisfaire ce public (pour reprendre, encore une fois, une proposition de Bazin sur LH), il faut deux ingrédients :
- des personnes qui ne seraient pas enfermées dans un carcan rigide, reproducteurs inlassables de ce qu'ils ont appris de formateurs reproduisant eux-mêmes, etc.
- une organisation qui permette l'émergence d'un esprit collectif tourné vers l'invention, l'innovation.
Est-il anormal d'imaginer que nos bibliothèques puissent devenir un "bouillon de culture" propice à l'émergence de nouvelles idées, de nouvelles démarches ? Le concept d'intelligence collective, cher à Pierre Lévy, peut nous y amener : « On appelle “intelligence collective” la capacité humaine de coopérer sur le plan intellectuel pour créer, innover, inventer.» (FING) et "Une société « intelligente partout » sera toujours plus efficace et vigoureuse qu’une société intelligemment dirigée." (Le Monde diplomatique), ou plus récemment dans Le Monde et déjà commenté ici,
ici et ici. Il faut que nous acceptions de perdre un peu de notre pouvoir au prix d'une prise de pouvoir collective de ceux qui ont quelque chose à dire (et ça n'est pas tout le monde dans une bibliothèque). Cela permet entre autre l'émergence d'une culture commune aux équipes, une motivation et une reconnaissance des capacités des personnels, cadres ou pas. Cela permet surtout d'être en permanence en éveil, de se remettre sans cesse en question.
Mais ce fonctionnement ne peut se mettre en place indépendamment du reste de la collectivité. Cela ne sert à rien de proposer dans son service une démarche vers une "intelligence collective" lorsque celle-ci est niée dans la collectivité. On voit vite celles qui ont développé un tel état d'esprit. Elles ont instauré une écoute des populations et des techniciens que nous sommes, une prise en compte de leurs besoins et de leurs opinions, qui rejaillit sur leur organisation. La mise en place de projets de services, de blogs, de wikis (je les ai découverts au sortir de la forêt amazonienne grâce au Spip de Brest), de forums, de comités d'utilisateurs, de conseils des anciens ou des jeunes... autant d'outils pour être au plus près des citoyens. La communication, la programmation, sont-elles contrôlées et verrouillées par le Dircom ou le Dircab ? Pas besoin d'amener l'intelligence collective, ce sera en pure perte, et la déception sera au rendez-vous.
Combien de bibliothèques ont réellement bâti des projets de service validés par élus et administration ? (Eric, tu nous fais un article ?) Combien ont mis en place des outils de communication interne permettant le dialogue, le débat d'idées, la construction d'un projet ? Parmi les rapports et mémoires de l'ENSSIB, il en est quelques uns qui abordent les questions d'organisation ou de management, mais ils se comptent sur les doigts d'une main, deux peut-être, parmi des centaines (ce qui montre que cette vénérable institution, si elle forme les bibliothécaires et conservateurs d'aujourd'hui et demain, ne forme pas vraiment les directeurs - le changement de modèle prôné en ce moment serait-il aussi un changement de modèle d'école ?) : dans Management des ressources humaines, on ne trouve rien sur la communication interne. Il faut aller dans L'intranet en bibliothèque pour avoir une description de celui de la bibliothèque de Lyon (encore !! à moins que ceci explique cela) et de l'importance de la communication interne, même si des bémols doivent être mis quand à l'utilisation réelle. Il n'en demeure pas moins une culture d'entreprise commune et surtout des réalisations qui naissent de cet état d'esprit, à commencer par le Guichet du savoir.
Et l'importance de cet aspect de l'organisation apparaît aussi dans l'organigramme de la bibliothèque, par la place occupée et la personne en charge de ce service. Nous sommes bien là au coeur de notre métier de cadre, et Bazin est bien placé pour parler invention et innovation.
Mais à cette intelligence collective interne à l'organisation des bibliothèques, il faudrait peut-être bien aussi inclure celle des utilisateurs (et non utilisateurs) : ils sont par essence les destinataires de notre action, ils ont leur mot à dire et rien ne devrait se faire sans eux, mais ça c'est encore un autre problème. Vous pouvez lire ici le billet d'Hubert Guillaud sur le sujet.
Comments
Bonjour
Comme les commentaires ne sont pas possible sur le billet "Inventer chaque matin", je vous envoie mes réflexions. Je partage totalement votre point de vue sur la notion d'intelligence collective pour faire avancer les choses en bibliothèque.
Et je prolonge ce que vous esquissier sur la question de l'usager. Dans mon mémoire d'étude à l'enssib, j'ai développé l'idée de co-création des services avec les usagers.
Le mémoire est à télécharger ici:
http://memsic.ccsd.cnrs.fr/mem_00000428.html
Le billet de mon blog:
http://www.xaviergalaup.fr/blog/2007/02/27/usager-co-createur-des-services-en-bibliotheque/
Voici en bref, l'idée avec quelques exemples:
Il s'agit bien de favoriser la participation des usagers aux activités de la bibliothèque soit en enrichissant les activités existantes soit en créant les activités qu'ils souhaiteraient y trouver. L'usager pourrait aussi devenir co-créateur de contenus en participant à un wiki mis en place par la bibliothèque. L'expérience de Wiki-Brest[1] constitue un exemple d'une telle démarche qui pourrait être imitée par les bibliothèques autour de la notion de fonds local.
La co-création d'activités est une manière d'encourager une meilleure appropriation de la bibliothèque par différents types de publics. En effet chacun y développerait les services ou actions en fonction de ses besoins. Dans une démarche prospective sur les bibliothèques en 2040[2], des collègues hollandais avaient d'ailleurs imaginé des bibliothèques pour adolescents avec une dimension participative. Le ville de Singapour et de Stockholm ont mis en oeuvre récemment ce type de service
[1] http://www.wiki-brest.net/index.php/Accueil (consulté le 5.06.2007)
[2] http://2040.bibliotheek.nl/english/startscreen.htm (consulté le 06.06.2007)