Parler un triple langage
Pour les nouveaux qui ne connaissaient pas encore le Petit cabanon, je rappelle que c'est un blog de bibliothécaire qui essaie de faire entendre l'avis des responsables de bibliothèques, parfois en réponse aux posts sur les blogs ou notre liste nationale préférée (biblio.fr) qui ont tendance à présenter les directeurs de bibliothèques comme des suppôts du grand capitalisme, des exploiteurs, des harceleurs,... mais le plus souvent pour sortir du quotidien et placer la discussion sur le plan des politiques territoriales, et essayer de trouver une place pour les bibliothèques sur le grand échiquier politique.
J'ai remarqué qu'il fallait souvent expliquer quel était notre rôle, étant souvent pris par les agents pour les représentants des dirigeants, ceux qui étaient chargés de faire passer sur le terrain les idées des politiques ou des technocrates (ces deux mots n'étant pas toujours très valorisés dans notre métier).
La vérité pour moi, est que nous devons parler un triple langage :
- celui des bibliothécaires : il faut bien connaître le métier pour en mesurer toutes les possibilités mais aussi toutes les limites ; il faut parler le même langage que les équipes avec lesquels nous travaillons, bien mesurer les problèmes qui leurs sont posés, et trouver des réponses qui les satisfassent
- celui des administratifs : c'est-à-dire toujours mettre en relation nos objectifs professionnels et la réalité matérielle des projets : coûts, moyens humains, compétences,... parce qu'une ville n'a pas qu'un seul projet et il faut présenter des projets "raisonnables" pour qu'il puisent passer (raisonnables dans leur coût, ils peuvent l'être moins dans leurs objectifs)
- celui des élus : je préfère dire "élus" plutôt que politiques, histoire qu'on n'oublie jamais que les bibliothécaires n'ont pas plus de légitimité pour parler "démocratie" (mot qui vient souvent dans le discours professionnel) que les "élus du peuple".
Parler ce triple langage, c'est justement se placer dans ce rôle social vu précédemment, utiliser les arguments des élus pour montrer le sérieux des analyses et des propositions des bibliothécaires comme éléments d'une politique municipale, tout en entrant dans le cadre des limites fixées par les services administratifs, budgétaires en particuliers. Se faire comprendre des bibliothécaires, se faire comprendre des financiers, se faire comprendre des élus. Dur, dur,... mais passionnant (oui, on fait un bouleau passionnant, vous ne le saviez pas ?).