De wikipédia au Bondyblog marseillais
Un article du Courrier International sur Wikipédia me fait rebondir sur le post où j'incitais les collègues à Bloguer (merci à celui qui l'a mis sur le bibliobuzz de mars). Chris Wilson de Slate y fustige les sites "dits sociaux" comme Wikipédia.
Je ne pense pas qu'il ait raison, parce que si peu écrivent réellement (mais cela ne doit pas être rien, 1% des utilisateurs de wikipédia ! ), tout un chacun peut le faire. Et il y a là une différence énorme. Je peux entrer dans une bibliothèque, trouver géniale qu'elle propose un spectacle de poésie, mais ne pas aller au spectacle. Je peux aussi trouver formidable un fonds scientifique même si je ne prend jamais un bouquin. Mais j'ai la possibilité de le faire, et si je ne la prend pas, c'est mon problème. Le spectacle ou le fonds de livres intéressent d'autres personnes, et tant mieux pour elles. Moi j'en retire une image d'ouverture, de dynamisme, de professionnalisme, etc. On n'est pas unique, on a tous des différences, on n'a pas à tous faire et aimer les mêmes programmes. La démocratie c'est offrir la possibilité de s'exprimer et de participer, l'obligation de le faire étant tout à fait autre chose que l'on n'assimile généralement pas à ce terme."En dépit des fables sur la culture participative du Web 2.0, la démocratie directe n’est pas réalisable à l’échelle de ces sites. Mais il est curieux de voir comment la structure hiérarchique de ces sites ressemble à celle des vieilles institutions qu’ils sont censés enterrer... Maintenant, il est temps pour Digg et Wikipédia d’arrêter de faire croire qu’ils sont l’émanation de tous et de revoir le pouvoir de leurs petites élites privilégiées... Des chercheurs de Palo Alto estiment que 1 % des utilisateurs de Wikipédia produisent près de la moitié des contenus du site..."
Mais la faible participation est une réalité, et le mois dernier j'incitais les collègues à bloguer pour ne pas laisser notre biblioblogosphère nationale aux mains de quelques-uns, peu nombreux, que l'on retrouvait partout. Mon propos n'est pas de critiquer ces quelques-uns, heureusement qu'ils sont là, ni de critiquer ceux qui n'écrivent pas, ils en ont le droit, mais simplement de signaler, de faire prendre conscience, que le débat seraient beaucoup plus riche et ouvert si plus de collègues osaient enfin prendre la plume.
Je crois que les mots de Chris Wilson sont durs parce qu'ils remettent en cause des personnes qui ne sont pas responsables de la non-participation d'autres personnes. Mais cet article permet de prendre conscience que le changement de comportement que l'on observe avec le web 2.0 est encore limité et fragile. Mais de la faute de ceux qui ne s'expriment pas, pas de celle de ceux qui offrent la possibilité de s'exprimer.
Les collègues qui ont essayé de faire entrer les outils du web collaboratif comme les wikis, les blogs ou les mindmap dans leurs équipes le savent bien : il ne suffit pas de donner un outil pour qu'il soit utilisé. Argumenter et convaincre les équipes pour leur faire comprendre l'utilité - la nécessité de ces outils, ne serait-ce que pour favoriser un travail en commun toujours plus riche, est primordial. Mais encore faut-il que celles-ci aient confiance à la fois dans leur hiérarchie, et dans les collectivités, persuadés qu'ils sont souvent de n'être que des pions dans les politiques territoriales. Encore une dimension qui doit évoluer d'ailleurs. Le jour où les politiques territoriales fonctionneront vraiment dans les deux sens, descendant mais aussi ascendant (mais le veulent-elles, tous bords politiques confondus), peut-être que nos équipes et les collègues des quatre coins du pays et d'ailleurs suivront.
Et si notre action en bibliothèque n'était pas justement d'aider nos concitoyens à prendre le pouvoir de cette parole en publiant sur le net ? Comme le dit cet excellent livre dont j'aurais l'occasion de reparler : Le défi numérique des territoires (par L’Association des Régions de France, en partenariat avec la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération), sous la direction de Christian PAUL aux éditions Autrement) :
C'est ce que j'essaie de faire dans mon coin en travaillant avec un centre social voisin, leur faire mettre sur un wiki le résultat de leur actions dans des ateliers, de les partager avec le quartier ou ceux qui sont restés au pays, de donner une visibilité à une action quotidienne. Les contenus existent souvent, mais ne sortent pas de l'atelier où ils ont été conçus, sauf sous forme de rapport final."... développer l'accès et la formation aux TIC est une condition nécessaire, mais nullement suffisante. La question qui compte est celle des capacités dont disposent les individus pour exprimer leur potentiel, vivre leur vie, participer à la vie sociale - ce que les anglophones expriment par le mot empowerment... Il faut faire monter en compétence le milieu associatif, aller là où sont déjà les publics en difficulté (ANPE, services sociaux, associations) et soutenir des projets dont l'entrée n'est pas le numérique plutôt que des formations au numérique."
Et puis j'ai découvert récemment par hasard que des voisins (et oui la communication passe mal) participaient à un nouveau bondyblog marseillais. Je vous invite à y aller, je crois que ce type de démarche est vraiment intéressante et que pourrions y avoir une bonne place.
Comments
Je partage assez votre analyse : même si en effet les 2/3 des contenus ne sont assurés que par 1% des individus qui fréquentent ces sites sociaux, le seul fait de pouvoir produire est déjà en soi un changement non négligeable.
J'ajoute qu'à ces 1% de producteurs se greffent environ 10% de gens qui commentent, surveillent, agrègent, complètent, etc. Même s'ils ne produisent pas de grandes quantité d'info., leur rôle est primordial dans la qualité de la production.
Enfin, comme le soulignait Alexis (http://www.groupereflect.net/blog/archives/2006/05/la_regle_du_1.html) 1% ... c'est déjà énorme en quantité !