Rester dans la course
Patrick Bazin nous le dit sur le blog de Livres-hebdo, nous avons "du pain sur la planche pour rester dans la course". Il est triste que notre ambition soit aujourd'hui celle-ci, mais pourtant il a raison Bazin. Nous n'avons pas été capable de réussir notre mission de démocratisation de la culture, et donc nous nous sommes fait dépassé par les internautes qui réalisent mieux que nous ce qui était notre spécificité : l'organisation et la classification des connaissances, l'indexation qui devait permettre de naviguer dans les méandres de la connaissance, la mise en valeur de la longue traîne des livres, le public ado... Nous avons évolué pour nous adapter au progrès technique, nous n'avons pas fait notre révolution, trop imbus de nous-même et de notre rôle essentiel au service de la culture à la portée de tous. J'ai toujours pensé, et parfois dit, que les bibliothécaires étaient des universitaires ratés (moi en premier, bac + 5, n'ayant jamais travaillé dans mon domaine d'études) qui avaient constitué autour de leur métier une gangue technique spécialisée destinée à faire croire qu'ils exerçaient un vrai métier savant, puisqu' incompréhensible au commun des mortels. Tu ne comprends pas ? C'est normal mais je vais te former, je suis là pour ça, et tu vas faire ce que je te dis (tu vas faire Opac, Dewey, Rameau...). Devant cet état d'esprit beaucoup ont fuit le métier et d'autres, autour de moi encore cette année, songent à le faire devant la prépondérance et la force d'un état d'esprit professionnel étriqué (et le fait de prendre la parole sur ce blog est une façon de leur dire qu'une autre voie est possible. Je n'ai pas eu le courage de Francine Thomas pour quitter le métier et aller vers des postes plus politiques, donc plus susceptibles de permettre d'agir. Mais je suis parti une dizaine d'années me ressourcer professionnellement (et pas seulement) dans des endroits aux préoccupations bien éloignées de notre quotidien français métropolitain (Congo, Haïti, Guyane), et j'y ai certainement plus pris que donné.
Et de retour aujourd'hui, je tombe dans cette révolution du web 2.0 qui me satisfait et à laquelle je souhaite prendre part parce qu'elle semble la bonne : soit on disparaît ( et pourquoi pas ? qu'est-ce qui vaut vraiment d'être gardé et défendu, à quoi servons-nous vraiment ?), soit on transforme radicalement notre métier et nos équipements pour en faire ... (aïe c'est là que ça se corse ! là est bien sûr le débat, mais ça n'est pas en un post qu'on va y répondre. C'est l'accumulation des intervention et commentaires qui permettra dans un temps assez long je pense de dégager le nouveau modèle de nos bibliothèques).
Toujours est-il qu'aujourd'hui on trépigne à côté du train en essayant de ne pas nous faire lâcher. Rester dans la course est notre objectif unique le temps de rassembler nos idées et de bâtir ensemble. L'évolution est là, à notre portée, une participation réelle et active à une société en permanente mutation (non rassurez-vous je ne refais pas 68, ça n'est plus à la mode paraît-il ; mais cette prise de parole sur le net est assez excitante, non ?).