Tout changement est une co-production (1)
Je viens de tomber sur une diapo portant ce titre dans un diaporama présenté lors du dernier congrès de l'ADBGV à Strasbourg : Philippe Bernoux, sociologue, en est l'auteur. Celui-ci a publié, entre autres, "Sociologie du changement".
C'est également le thème de son intervention à l'ADBGV : "Avis de grand frais - Nouveaux modèles de lecture, de bibliothèque - Introduire des changements dans des organisations".
La formulation de la première diapo est intéressante : "Tout changement est une co-production". Cela nous rappelle des interventions récentes sur l'usager, co-créateur de services, en particulier celle de Xavier Galaup.
"Ne pas séparer technique est société - pas de déterminisme technologique", formule à reprendre dans nos bibliothèques où la technique est bien souvent omniprésente et la société assez peu. J'ai envie de prendre l'exemple de la wifi. Fortement décriée dans certaines bibliothèques, objets parfois de moratoires, de luttes syndicales, je ne veux pas l'aborder par l'aspect santé publique, mais uniquement de son intérêt "social". Parce que ce que l'on entend dans les bibliothèques, c'est qu'à cause de la wifi, les étudiants viennent prendre la place des vrais lecteurs (de là à penser que la santé est un prétexte, et les changements dans l'utilisation de nos bibliothèques le vrai problème... il n'y a qu'un pas que je me garderais bien de franchir).
On a vu de nombreux reportages récemment et des articles ici, ici, ou là, sur la pauvreté des étudiants et les conditions souvent très difficiles dans lesquelles ils sont obligés de vivre pour pouvoir continuer : problèmes de logements, difficulté pour se nourrir, une santé précaire, il faut vraiment le vouloir / pouvoir pour étudier aujourd'hui.
Si tous les étudiants ont (sont obligés d'avoir) un ordinateur, la connexion s'avère plus difficile : parce que cela coute cher, parce qu'on n'est pas chez soi, parce qu'on est trop nombreux dans un logement,... alors aller en bibliothèque pour trouver à la fois la connexion et le cadre favorable, cela me semble normal, et les bibliothécaires doivent être fiers de travailler dans des villes qui permettent aux étudiants de travailler dans de bonnes conditions, histoire de permettre à ceux qui ne sont pas nés avec les moyens financiers adéquats puissent avoir autant de chances que les autres. C'est donc une œuvre de salut public que d'accepter la wifi dans nos établissements.
Plus généralement, perdus dans notre cambouis quotidien, nous avons du mal à percevoir que les municipalités n'ont pas que la bibliothèque à gérer, et que celles-ci peuvent / doivent participer aux missions sociales et économiques majeures dans une ville.