J'ai essayé le site Animoto pour créer des diaporama - vidéo, avec quelques photos de graffs de La Plaine à Marseille. Je trouve ça assez sympa même si la version gratuite est courte, cela change un peu des diaporamas traditionnels, mais on n'a aucun pouvoir sur le déroulement des images et les effets.
maj : mais la vidéo se lance chaque fois que l'on entre sur le site, et ça je crains de ne pas pouvoir le supporter très longtemps !
Vu sur le nouveau blog Litteratura créé par Brigitte Borsaro, voisine marseillaise, sur lequel vous devez aller jeter un oeil (Mon blog Litteratura a pour fonction de réfléchir au statut de la littérature et de l'écrivain dans ses rapports avec le web tout en explorant l'univers "geek".), ce film tiré d'un dvd édité par France 2, L'opéra imaginaire. Avant-goût pour les fêtes.
Le dernier numéro du BBF (2007, n°6) revient sur la notion de médiation, avec un article d'Abdelwahed Allouche, "La médiation dans les bibliothèques publiques", et un d'Olivier Chourrot, "Le bibliothécaire est-il un médiateur ?". Je m'attarderai pour le moment sur ce dernier, qui correspond assez à mes préoccupations actuelles et me permet de les confronter aux siennes.
Après avoir laissé de côté la "conception hédoniste" de la médiation, qui a pour finalité de "susciter le plaisir de lire", en interrogeant : "une bibliothèque fondée sur le plaisir peut-elle être une bibliothèque pour tous ?" (ce qui est source de plaisir pour l'un est source d'exclusion pour l'autre), il critique la médiation comme "instance de validation", "valeur ajoutée du bibliothécaire dans le grand vrac informationnel", et pose une autre question :
Je ne peux que le suivre dans ses interrogations. Cela fait longtemps que l'on essaie de placer les besoins des lecteurs au dessus du "plaisir" que transmettrai un bibliothécaire omniscient. Qui sommes-nous pour vouloir ainsi guider le bon peuple vers le savoir ? Patrick Bazin avait déjà mis des réserves sur nos ambitions dans un article du blog de Livres-hebdo, Trois hypothèses sur les bibliothèques, que j'ai plusieurs fois commenté ici, ici, ici et là."De surcroît, la notion de validation est à manier avec prudence : que valide-t-on exactement ? Se borne-t-on à distinguer des éditeurs et des auteurs « fiables » de ceux qui ne sont pas dignes de confiance ? Selon quels critères ? Ce faisant, ne court-on pas le risque du conservatisme ? Ou, au contraire, s’intéresse-t-on à la validation des contenus ? Mais alors, la compétence du bibliothécaire suffit-elle face à la segmentation extrême des champs scientifiques ? À définir la médiation par la validation, on atteint un point aveugle du métier de bibliothécaire...
Les systèmes de co-construction des savoirs employés par certaines communautés de la Toile ne sont pas, de ce point de vue, moins fiables que la décision isolée d’un bibliothécaire. Fondés sur l’interaction et la transparence, qui permettent un contrôle croisé des contenus, ils génèrent des modalités nouvelles de validation."
Olivier Chourrot substitue à ces notions celle de la médiation "moteur du désir". Allez voir son analyse de plus près, j'en tire juste cette phrase :
Il termine son article sur une proposition à laquelle je souscris, celle de "l'accompagnement" (que les travailleurs sociaux connaissent bien, leur fréquentation doit m'y conduire) :"La mission citoyenne de la bibliothèque peut être comprise comme sa capacité à lutter contre la violence sociale, en proposant aux usagers des médiateurs non rivalitaires, qui font croître le désir en le libérant ; conception qui éclaire une fonction essentielle de la lecture, à condition que l’on refuse de se laisser enfermer par la notion de « plaisir », au fond très restrictive. À la finitude du plaisir, préférons l’infini d’un désir toujours renouvelé."
Je commentais récemment des propositions de Le Crosnier concernant les missions des bibliothèques, devant se tourner vers un renforcement de la création participative ou de la communauté. On est là toujours dans une bibliothèque qui prend en compte le citoyen dans toutes ses dimensions et en particulier dans ses "besoins sociaux". On y va de plus en plus, et internet nous y incite fortement parce qu'il fonctionne ainsi et qu'il fonctionne plutôt bien."Au recours incantatoire à la notion de médiation, les bibliothécaires doivent privilégier une réflexion sur la différenciation de l’accompagnement du lecteur. Les implications d’une telle démarche sur les locaux, l’organisation des collections, les services, la gestion des ressources humaines, peuvent être fortes. En particulier, l’articulation entre l’offre documentaire et les besoins sociaux – en matière de formation, de vie sociale et professionnelle, de recherche d’emploi – est à repenser dans le cadre d’une rénovation de la relation de service public."
même quand ils sont bibliobsédés...
Vous connaissez tous bibliobsession, un des plus importants lieux de discussion et d'information de notre profession. Et bien dans certaine ville les bibliothécaires n'y ont plus accès de leurs postes de travail. Plus possible de tchatcher avec vous cher collègue, hormis en privé, la veille professionnelle, elle, n'est plus possible. Le sexe nous est interdit au bureau, les obsédés n'ont pas leur place. On va enfin pouvoir se recentrer sur le coeur de notre métier, ne plus perdre de temps en s'amusant sur le net. Qu'est-ce que c'est le coeur de notre métier ? Mais vous le savez bien, je ne vais pas perdre de temps à vous l'expliquer, un pastis m'attend avec Franck.
Jeudi 29 novembre, l'ABF et l'ADBS ont organisé à l'Alcazar une journée d'étude sur les pratiques numériques en bibliothèque. Vous en trouverez compte-rendu et liens sur les blog de Franck Queyraud et Michel Roland-Guill, les modérateurs de cette journée. J'attendais le diaporama d'Hervé Le Crosnier mais il tarde, alors je publie quand même ce post qui reprend simplement le contenu d'une des diapos de son très riche powerpoint, celle sur des missions qui devraient être les nôtres en bibiothèque : (je reprends de mémoire en l'absence de la diapo, je corrigerai dès qu'elle sera accessible, histoire aussi de resituer son propos)
- Renforcer la création participative
- Ajouter au bien commun de l'information
- Recréer de la communauté
Pour ceux qui ne connaissent pas spécialement les CUCS, une des particularités est que le droit commun est beaucoup plus impliqué qu'autrefois, et que l'on demande donc aux services municipaux de participer et proposer des actions. Vous me direz que vous n'avez pas attendu qu'on vous le demande, je suis d'accord, mais toutes les villes et tous les services de ces villes ne s'impliquaient pas forcément de la même manière jusqu'à présent, et un petit coup
de pouce institutionnel ne fait pas de mal.
Ci-dessous donc quelques commentaires qui entrent dans le cadre des souhaits d'Hervé Le Crosnier, faits pour les CUCS, mais aussi d'autres plus généraux déjà évoqués dans certains posts (je le répète, ces propos énoncés comme des généralités, ne concernent pas tout le monde, certains en bibliothèques travaillent largement dans ce sens depuis longtemps. il s'agit plutôt ici de reconnaître ces orientations pas toujolurs comprises, et de les transformer en objectifs pour toutes les bibliothèques - parce que là on en est vraiment très loin).
- Renforcer la création participative
- La "création participative" est-elle une solution pour faire reculer la fracture numérique, et cette expression est-elle la bonne ? Que peut-elle recouvrir ?
- fracture en matériel, en connexion : pas évident. Si l'on met de côté la fraction de la population la plus fragile, la plus pauvre, une grande partie de la population sera bientôt équipé et connectée, ne serait-ce que parce que la téléphonie illimitée entre dans la plupart des foyers (et en particuliers dans les cités à forte densité immigrée)
- fracture en capacité d'utilisation : là oui on en est plus proche. Mais surtout pour les personnes d'un certain âge, pour les jeunes cela se pose moins voire pas du tout
- fracture en matière d'écriture et de prise de parole : je crois que le problème reste celui-ci. Un des principaux cheval de bataille de L'AFL (Association Française pour la Lecture), prendre le pouvoir sur sa vie, est lié à la maîtrise de la lecture et de l'écriture. "Réimplication de chacun dans la responsabilités et le pouvoir sur les différents aspects de sa vie" est le premier objectif de la charte des villes-lecture (lire aussi "Pouvoir, savoir, et promotion collective"). Ici la fracture numérique est une accentuation de la fracture culturelle et sociale parce que la prise de parole sur internet est forte et visible, et qu'il faut permettre à un plus grand nombre possible de personnes de prendre cette parole, de l'exprimer, de créer communication et savoir, avec cet objectif de prendre le pouvoir sur sa propre vie. Donner la possibilité de "participer" à la vie de la cité est certainement le plus beau de nos objectifs, et celui qui s'éloigne le plus de notre action antérieure, où le "lecteur" (l'usager, le client, comme vous voulez, jamais le citoyen) avait plus l'habitude de "recevoir" que de "participer". Les CUCS nous permettent probablement, par la collaboration avec les associations, de jouer ce rôle.
- Ajouter au bien commun de l'information
- Agents dont le métier est l'information et la communication, nous n'ajoutons que rarement à ce "bien commun". Nous discutons entre nous, nous publions parfois dans des revues professionnelles, maintenant nous bloguons un peu, mais qu'apportons nous au monde de l'information ? Parallèlement au portail de veille présenté il y a trois mois, et qui avait été un échec pour le travail collaboratif que je proposais en interne, j'ai essayé de faire un portail thématique pour justement produire du "bien commun". Mon incompétence technique et la grande difficulté pour trouver une oreille attentive prolongée par une main habile sur une souris, m'a jusqu'à présent empéché de le faire. Mais je ne désespère pas. Il faut bien sûr créer et participer. Nous sommes censés connaître les sources d'information tout autant que les publics, alors mettre du lien entre les deux ne devrait pas être difficie !
- Recréer de la communauté
- la communauté, c'est du lien entre des personnes, des groupes, au service d'autres personnes, d'autres groupes... Nous ne sommes pas en relation directe avec les populations, et nous voudrions créer du lien, de la communauté ? Bien prétencieux ! Et pourtant oui, parce que dans un quartier nous sommes "extérieurs", nous représentons la Ville, le savoir, l'éducation, la Culture,... tout ça avec des majuscules. Nous ne faisons pas partie de la famille. Nous sommes sur notre piédestal, dans nos bureaux, et quelques intrusions dans la rue n'y changeront rien. Alors développer une communauté autour de la bibliothèque ne sera pas si simple. J'ai déjà abordé cette question ici ou là. Et je reste persuadé (c'est plutôt du niveau de l'intuition), que l'avenir est dans les rapprochements avec les réseaux sociaux utilisés par les internautes pour d'autres besoins plutôt que dans la création de nouveaux outils ou services sur nos portails traditionnels de bibliothèques.
- la communauté c'est aussi la ville elle-même. Les portails locaux sont une possibilité dont on ne mesure pas encore je crois toute l'importance. Nous avons, nous, bibliothèques, une place importante à prendre dans la création de ces portails qui diffusent de la connaissance, de l'information, de l'actualité,... qui éduquent, qui forment, qui amusent,... la vie quoi ! Tous ces mots qui précèdent, nous les employons bien tous les jours pour définir nos missions. Un portail local peut être piloté par le service communication de la ville, par un prestateur extérieur étranger, par une association... mais un portail créé par des bibliothécaires aurait je crois un petit plus : ce LIEN que nous vivons au quotidien entre des contenus de tous ordres (dont nous avons en principe une bonne connaissance) et des personnes de tous poils (que nous connaissons bien aussi).
- et peut-il y avoir des portails de quartiers ? (je pose la question mais je sais qu'il y en a ici ou là, peu je pense, mais étant par définition pour des quartiers, ils ne cherchent pas forcément à en sortir et se faire connaître à l'extérieur). Comment des associations et des institutions peuvent se regrouper sur le terrain et créer des outils au service de la communauté ? C'est un des objectifs que j'ai avec les CUCS, mais le démarrage risque d'être long car je me rend compte que nombreuses sont les associations qui n'ont aucune connaissance d'internet (première fracture contre laquelle lutter).
(Pour poursuivre la discussion sur les objectifs et missions, vous pouvez lire aussi Louis Burle, Bertrand Calenge et Jean-Michel Salaün, Patrick Bazin ou Xavier Galaup)
Ma réponse est tardive. D'une part je ne lis pas régulièrement Biblio.fr, et d'autre part j'ai un peu de mal à suivre certains débats de cette liste, particulièrement importante et vitale pour la profession, qui sont destinés à bouffer du directeur, du conservateur, de l'exploiteur, du vendu, de l'harceleur ! Au bout d'un moment ça lasse. Et toujours dans la même lignée il y a eu le 10 novembre dernier un article, Conservateurs d'Etat en BM, écrit par Michel Rendu. Il dit des choses du genre :
Nombre de collègues se sont bien sûr chargés de lui répondre. Par exemple Dominique Lahary :"En BMC, un conservateur territorial, qui est un peu la chose de la collectivité qui l'a fait, a de fortes chances d'être systématiquement préféré à ces danseuses trop indépendantes que sont les conservateurs d'Etat."
Rendu a lui-même répondu aux réponses, histoire d'alimenter le débat, et c'est un passage de cette réponse que je veux commenter." Je suis navré de dire à Monsieur Rendu qu'il porte atteinte pareillement à l'honneur professionnel des conservateurs territoriaux, que dis-je ?, de tous les fonctionnaires territoriaux, qu'ils travaillent en bibliothèques ou ailleurs. ... exprimer une colère que je sais partagé par bien des collègues, et pas seulement territoriaux, à la lecture de ce genre de propos.
Je suis bibliothécaire depuis 25 ans, sur des postes de direction depuis 20 ans. J'ai travaillé successivement à St-Cloud (Hauts-de-Seine), Poissy (Yvelines), Brazzaville (Congo), Port-au-Prince (Haïti), La Roche-sur-Yon (Vendée), St-Laurent du Maroni (Guyane), Marseille (Bouches-du-Rhône)." Les Conservateurs de la FPT se plaignent souvent, à juste titre, que leurs possibilités de mouvement soient extrêmement limitées et les contraignent à une quasi-immobilité géographique et professionnelle ... Il est inutile de se voiler la face. Qui n¹a pas rencontré un collègue de la FPT conduit à une véritable détresse professionnelle du fait de relations dégradées avec ses «élus» ? Qui n¹a pas connu de collègues de la FPT éprouvant des velléités de départ de leur collectivité territoriale et obligés de tenir secrètes les démarches qu¹ils entreprenaient pour aller voir ailleurs ? Car, non seulement, partir est difficile mais en manifester le désir est s'exposer à des mesures de rétorsion"
Je n'ai jamais eu de difficulté à quitter un poste, pas beaucoup à en trouver un autre. Une seule fois j'ai eu un problème, ça n'était pas avec les "élus" (pourquoi met-il des guillemets, Rendu, il en doute qu'ils soient élus ?), mais avec un petit-chef intermédiaire, au sens propre et au sens figuré, qui a fait partir en 3 ans 5 directeurs d'établissements culturels, et je ne sais plus combien dans la communication (tu dois t'en souvenir Michel ?). J'ai compris pendant tout ce temps que la question dans les communes étaient liées à la personnalité des hommes, pas à leur idéologie (et j'ai travaillé à droite comme à gauche). N'oublions pas que c'est aussi nous qui choisissons nos postes, nous postulons et nous nous présentons d'autant mieux que la politique menée par l'équipe municipale nous convient. Cela est probablement plus vrai pour ceux qui ont un peu d'expérience, mais les jeunes aussi ont leur chance : les beaux postes sont aussi accessibles aux débutants, et une collègue d'ici a pu le vérifier l'année dernière en allant en région parisienne pour un premier poste de bibliothécaire. Il suffit qu'il y ait adéquation entre le projet personnel et le projet de la ville. Et d'être meilleur que les collègues candidats, pour apporter un plus au projet municipal, pas pour être la "chose" des "élus", comme il dit.
Quitter une ville n'est pas difficile, il faut juste en trouver une autre. C'est-à-dire accepter d'être en concurrence avec d'autres collègues, se vendre, montrer qu'on sait ce qu'est une gestion d'équipe, une gestion financière, mais surtout une politique municipale. Vous voyez ce que je veux dire, montrer qu'on connait la vie quotidienne de la cité, qu'on en fait partie, qu'on est capable de l'animer. En fait, un maire recrute avant tout un citoyen actif, il voit en vous ce que vous allez apporter à la ville tout autant que vos capacités de gestionnaire. Je n'ai pas l'impression que ce soit la même chose dans les BU. J'ai beaucoup de respect aujourd'hui pour la fonction de Maire, pour en avoir côtoyé plusieurs, jamais parfaits, mais le plus souvent à notre écoute quand on est capable de dépasser la simple gestion quotidienne d'un équipement pour participer aux objectifs stratégiques de la ville. Dans deux villes j'ai eu une confiance quasi totale de la part des élus et de la direction générale, et j'ai pu mener la politique que j'estimai devoir faire, en accord avec celle de la ville. Le bonheur !
Notre métier est une ode au métissage : on prend tout ce qui est bon autour de nous et on invente une créature nouvelle. Métissage de lecteurs, métissage de documents, d'actions, d'objectifs, d'agents... Je ne suis plus le même homme qu'il y a 20 ans, nourri de tous ces apports extérieurs si riches. Je crois que tout ça me manquerait si j'étais en BU. En particulier n'avoir qu'un seul public devant moi, l'étudiant, le chercheur, même s'il peut y avoir quelques variantes dans le modèle. Qu'un seul document aussi, fini l'album jeunesse, fini le roman érotique, fini le film coréen pour bobo. Qu'un seul objectif, la formation. Et les séniors, où sont-ils ? Les bébés ? Les ados ? Cette uniformité, même si elle n'est pas aussi caricaturale que ce que je dis, me fait peur. La bibliothèque municipale, c'est la vie, la richesse, le foisonnement, le métissage. Mais par dessus tout, c'est le partage. On apporte un peu, on prend beaucoup. C'est peut-être un peu démodé de dire ça, c'est en tout cas ce que je ressent. Dans tous les postes il y a du bon et du moins bon, parfois du très mauvais, souvent du très bon. C'est ça aussi le métissage, vivre des moments forts, puissants, à coté de difficultés qui malgré tout nous rendent plus fort, on tire toujours quelque chose de bon d'un échec. Le poste suivant, on est meilleur. Tout cela en côtoyant des collègues eux-mêmes métissés dans leurs personnalités et leurs spécialités. C'est la vie !
De St-Cloud je garde cette littérature jeunesse qui m'a marquée, cette familiarité avec le public, enfants comme parents, mes premiers émois de bibliothécaire. C'était l'époque des militants, la création des BCD, l'AFL, Ruy-Vidal et Christian Bruel... A Poissy, la bibliothèque de rue de La Coudraie, pendant deux ans, restera une de mes plus belles aventures. Au point que je me suis marié un mardi, pour partir en voyage de noce le mercredi soir. Entre les deux il y avait La Coudraie (qui aujourd'hui fait tristement l'actualité !), je ne pouvais pas manquer ça... L'Afrique, c'est magique, vous le savez. Ces joutes de contes entre Claire et les vieux des villages, les missions dans la brousse, la Fureur de lire à Bacongo ou Kinkala (salut Charly, aujourd'hui près d'ici au Cobiac)... Haïti, c'était la violence extrême, et un peuple extraordinaire pour lequel on est capable de se couper en quatre, les débuts de Fokal et l'inauguration de la première Bibliothèque Monique Calixte, Marie-Ange mon amie de l'Institut Français devenu aujourd'hui bibliothécaire itinérante, totalement dévouée à son pays... La Roche-sur-Yon c'est bien sûr le travail de création d'une médiathèque, moment unique dans la carrière d'un bibliothécaire, même si la fête a été un peu gâchée sur la fin. Création aussi d'une artothèque, et les amitiés nées des rencontres avec les artistes qui durent toujours. Quand à St-Laurent du Maroni et la Guyane, une communauté de communes dans laquelle il faut trois jours de pirogue pour aller d'un bout à l'autre, c'est quand même exceptionnel à vivre, comme d'essayer de comprendre comment les cultures amérindiennes et noirs-marrons peuvent cohabiter avec nos livres dans un même établissement. Et ces trois mois consacrés à la poésie, en pleine forêt amazonienne, avec de la poésie rapée, dansée, signée, brodée , poésie du Surinam, de Guyane, d'Haïti... Quant à Marseille, j'attends encore un peu. Mais les amis de La Busserine me font penser qu'on a quand même quelque chose à construire ensemble. Et puis il y a les calanques, ça fait (presque) passer le reste. Chaque poste, quelles qu'en soient les difficultés, est un enrichissement, une avancée, qui nous forme et nous rend plus fort.
Il est vrai que l'on reste parfois longtemps en BM. On s'attache à notre public, on le vois grandir au fil des années, on le suit, on le voit évoluer. On s'attache aussi à la ville, à ses habitants, on fait corps avec elle. Elle nous habite autant qu'on l'habite. C'est peut-être ce qui fait qu'on supporte parfois certaines difficultés, parce qu'avant d'être au service des hommes qui la dirigent, on est au service de la ville elle-même. Vous trouverez peut-être ça stupide, vieux jeu, mais ça me parait assez juste de le dire.
Je n'aurais pas vécu tout ça en BU. Et je ne suis pas le seul. Si tout le monde n'a pas travaillé sur d'autres continents, la France est riche d'endroits et de personnes qui rendent notre travail fabuleux, il suffit de s'ouvrir aux autres. Réduire notre travail à cette mainmise du politique qui nous transforme en sa "chose" est petit. Ce qui est véhiculé dans un tel article est non seulement faux, mais cela donne une image du métier qui ne correspond pas à la réalité, et cela est grave dans sur une liste comme biblio.fr que lisent beaucoup de jeunes et débutants.
Pour rien au monde je ne quitterai les bibliothèques municipales, et si vous avez près de vous des petits nouveaux qui hésitent, invitez-les à boire le pastis dans mon petit cabanon, on en discutera (j'ai dit un jour devant un jury de l'INET que mon métier, celui de directeur de bibliothèque, c'était la palabre. Petit reste de mes tribulations sans doute).
De passage sur le site de Poissy, je découvre Entre Pisciacais, un site municipal d'annonces (créé avec Etyssa). Si j'en crois la CGU, il semble dater de novembre 2006, comme ceux des 17 autres collectivités qui l'ont adopté. Ce n'est donc pas une nouveauté et certains d'entre vous l'ont peut-être déjà évoqué. Mais en ces temps d'interrogations sur les web locaux et les liens sociaux qu'ils semblent (re)créer, on peut y revenir.
Car leur utilité ne devrait pas seulement être de mettre des annonces en ligne, mais de créer des liens entre des habitants d'une commune. C'est ce que fait Peuplade, d'autres peuvent-ils s'en approcher ? On peut en douter en voyant le peu d'annonces de la plupart des sites en un an. 191 commentaires à Poissy, 76 au Chesnay, 92 à Sèvres, mais tout de même 1006 à Issy-les-Moulineaux ou 1404 à Puteaux (il semble que les villes qui ont un peu d'ancienneté dans les pratiques numériques soient en avance). Il faut dire aussi que si Peuplade fonctionne bien à Paris, ce n'est pas forcément le cas partout et il faut des "animateurs" pour faire décoler vraiment les inscriptions (comme à Marseille).
Je trouve bien que les municipalités se préoccupent de ce type de relations entre citoyens de la commune, mais pourquoi la pratique de la démocratie est-elle si souvent accompagnée d'une volonté de tout régenter ? Parce que la liberté sur ces sites est bien encadrée : les thèmes des annonces ne sont pas inintéressants, mais ne laissent pas beaucoup de place à la fantaisie. On est obligé de rentrer dans des petites boites, et le problème est certainement là, car il faut parfois un bon chausse-pied pour y entrer, et quand elles sont vides ou quasiment, on n'y revient pas, cela ne sert à rien. L'outil ne fait pas toujours la communauté, surtout s'il n'est pas très pratique (obligation de s'inscrire, pas de visibilité d'exemples, et pas de dates de publication d'annonces surtout une fois entré).
J'avais déjà dit que je préférais l'idée de librarything ou l'agora des livres pour les commentaires de livres plutôt que directement dans le fichier de la bibliothèque. En voyant ces sites, je reste sur cette position de préférer une participation aux principaux réseaux existants plutôt que d'en créer de nouveaux, très localisés, peu pratiques, et trop liés à une collectivité. Le web, c'est une certaine liberté de choix (oui quand même), pourquoi revenir à un système rigide et fermé. Il vaut mieux participer au développement et à l'animation de réseaux comme Peuplade, en les sponsorisant, parce qu'ils sont utiles à la population des villes. Quitte à brancher une ou deux personnes pour animer au démarrage les activités, comme cela c'est fait cet été à Marseille (pas par la Ville, et malgré des dérives déjà dénoncées, et un coup de gueule), il n'y a rien de choquant à cela. Mais des liens sans contraintes sont-ils si bien venus dans nos collectivités? Les élus et services (nous) sont bien là pour "agir" tout de même ! (mais agir veut-il toujours dire encadrer ou diriger ?)
Mais les bibliothèques dans tout ça ? Je persiste aussi à dire que c'est également notre rôle de bibliothécaire que de participer à l'animation des web locaux, des portails locaux, des réseaux locaux... D'autres peuvent le faire, mais nous ne devons pas dire que ça n'est pas notre travail, que ce n'est pas dans nos missions. S'adresser au citoyen plutôt qu'au lecteur, pour la diffusion, l'orientation, l'actualité,... le guider dans la jungle d'internet en lui permettant de trouver l'information, mais aussi en l'incitant à participer : réseaux sociaux, blogs, partage de photos,... c'est-à-dire en lui permettant de s'exprimer et d'agir, et pas seulement suivre et subir...
Pour plus d'infos sur les web locaux, Hubert Guillaud a fait un article sur la mise en place du portail romanais sur netvibes, et un sur les différents portails locaux, et Bibliobsession nous présente celui de St-Quentin en Yvelines. Et villes-internet nous signale celui de Fontaine. On va tout de même vers quelque chose de bien !
(Pour un peu plus de détails sur Etyssa, voici les rubriques de Puteaux :
Et par exemple à "Littérature", on trouve :
Il n'y a aucun commentaire sur ce thème "Littérature" à Poissy, Sèvres, Le Chesnay ou dans la Somme, 1 à Angers, 2 à Limoges, 21 à Puteaux, 68 à Issy-les-Moulineaux...)
- Je veux apprendre des techniques d'écriture, de lecture…, Je peux expliquer les secrets des écrivains, Je cherche des partenaires pour écrire, Je veux assister à des évènements (lectures, rencontres avec des écrivains,...), Je veux créer, rejoindre un groupe de passionnés, Je veux échanger des informations, des conseils
Livres pour enfants, livres d'artistes, poésies... Pour ceux qui ne le savent pas, Claire, c'est ma femme. Alors un petit peu de pub familiale, ça ne fait pas de mal, mes collègues me le pardonneront, et cela leur permettra peut-être de découvrir "Ibis rouge", un éditeur guyanais qui fait de très bonnes choses et a bien du mal à vivre.
Son nom : "la maison à l'échelle".
Merci à Xavier Galaup de nous avoir parlé de la bibliothèque vivante. Cela a fait immédiatement "tilt", en ouvrant une porte vers un possible, délicat à mettre en oeuvre sans doute, mais qui correspond à une orientation de nombreuses bibliothèques. Cette notion de "bibliothèque vivante" ne fait que pousser jusqu'au bout des idées déjà présentes, avec un coté provocateur, voire choquant, qui interpelle, nous remet en question. Dans les commentaires EQ a indiqué l'existence d'un livre du Conseil de l'Europe, "La couverture ne fait pas le livre! le guide de l'organisateur de la bibliothèque vivante". Vous pouvez le télécharger ici, il éclaire sur les enjeux et montre les réalisations en Norvège, au Danemark ou en Hongrie.
Le but essentiel est de lutter contre les préjugés et les racismes en permettant la rencontre et le dialogue entre des personnes qui n'auraient jamais eu l'occasion de s'adresser la parole, une opportunité d'apprentissage interculturel et de développement personnel.
Mais à côté de cet objectif d'origine, on peut ajouter un autre point de vue plus directement lié aux bibliothèques (je n'ose pas dire les "vraies", comme si les livres vivants n'étaient pas vrais !), tiré de l'expression d'Hampâté Bâ « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brule ».
Les bibliothèques, les universités, ne sont pas seules à détenir le savoir, la connaissance ; on voit avec le web 2.0 l'éclatement de ce monde de l'information et de la connaissance, et les "vrais" gens reprendre de l'importance face aux intellectuels. Mais on le sait bien nous, bibliothécaires, que les habitants de nos villes, de nos quartiers, détiennent de précieux savoirs (humains, techniques, culturels...), sinon on ne se lancerait pas dans des ateliers d'écriture, des expositions, des rencontres-débats, destinés à mettre en valeur la mémoire et la culture de ces populations. Quand j'étais en Guyane c'était également très présent, avec les cultures amérindiennes et noir-marrons. On agit déjà avec des "bibliothèques vivantes", même si le mot n'est pas employé. Mais il a une valeur symbolique qui mérite d'être réutilisé.
Pour beaucoup (beaucoup de ceux qui n'y mettent pas les pieds), la bibliothèque est un temple du savoir, de l'éducation, et représente ce qui est inaccessible. Alors, qu'un shibani, un Noir (exemple donné), un ex-drogué ou une ni-pute ni-soumise, puissent être qualifié de bibliothèque, cela choque. Et pourtant ce serait bien à nous d'organiser de telles "bibliothèques vivantes" !. Et d'inclure ces personnes dans nos catalogues, réellement, par le biais d'une vidéo, d'un enregistrement, d'un texte.
Le lendemain de l'article de Xavier Galaup, j'ai participé aux "rencontres territoriales de la ville", grand raout national, piloté chez nous par le préfet à l'égalité des chances. J'ai donc dit un mot sur la place des bibliothèques, comme toujours, on a l'habitude, mais en y introduisant la "bibliothèque vivante" telle qu'envisagée ci-dessus. Le lieu n'était pas propice à des commentaires poussés, mais quelques contacts hors séance ont montré que l'idée intéressait.
S'engage donc pour moi une réflexion avec les partenaires des cités voisines et de plus loin sur une éventuelle mise en place de "bibliothèque vivante", inter-quartiers de la ville de préférence, peut-être à l'occasion d'une manifestation importante comme Lire en fête ou un festival (c'est ainsi qu'ils opèrent dans les pays du Nord, dans les festivals de musique). En faisant atention de ne pas tomber dans un voyeurisme, un effet "télé-réalité" qui lui serait préjudiciable.
Si d'autres collègues vont déjà dans ce sens ou ont envie de le faire, merci de me contacter.
Une bibliothèque de rue sur le net, ça ressemble à quoi ?
Pour poursuivre la note précédente sur les sites de bibliothèques qui ne s'adressent qu'à leurs lecteurs, je crois qu'il faut s'interroger sur nos actions en direction des publics éloignés des bibliothèques. Dans un soucis de démocratisation de la culture, les bibliothèques se sont appliquées depuis de nombreuses années à aller vers ces publics plutôt qu'attendre un jour hypothétique où ils viendraient d'eux-mêmes. Des publics "empêchés" (prisons, hôpitaux, foyers,...) aux publics "éloignés" culturellement (jeunes des banlieues, cultures immigrées, de tradition orale,...) , nombreuses ont été les actions "hors les murs" (ici ou ici) destinées à amener les livres vers ces publics pour les drainer ensuite vers les bibliothèques (je raccourcis un peu).
Un site internet est-il une action ? Si oui (et ce qui circule aujourd'hui autour du web 2.0 tend à le montrer), est-ce seulement une action "dans les murs" ? Oui visiblement, parce qu'ils ne s'adressent qu'aux lecteurs de bibliothèques (ou à ceux qui vont naturellement vers ce types d'équipements et de services). Pourquoi les actions internet "hors les murs" n'existent-elles pas (si vous en connaissez, merci de le signaler) ? Comment amener les bibliothèques sur les lieux de vie (réelle / virtuelle ?) des non-lecteurs au moyen d'internet ? Comment inciter les internautes non-lecteurs à se rapprocher des livres ?
Vous me direz que les internautes sont de bons lecteurs, sinon ils ne s'y retrouveraient pas, sur la toile. Alors pourquoi "agir" vers/pour eux ? Pour lutter contre la frature numérique ? Vue l'utilisation d'internet par rapport à celle des bibliothèques, la question est plutôt de savoir comment les internautes vont pouvoir aider à réduire la fracture culturelle qui éloigne les publics des bibliothèques.
Trois grands axes peuvent être développés pour des actions "hors les murs" sur le web:
- aider à se repérer dans la jungle des sites, les trouver, les déchiffrer, se les approprier,... et faire d'internet un lieu ressource pour tous les instants
- Prendre de la distance avec l'information brute, analyser, synthétiser, conceptualiser, s'approprier la pensée des autres et la prolonger
- Faire d'internet un lieu de rencontres et de d'échanges, de socialisation,par la prise de parole, le commentaire, l'argumentation.
Cela ramène à un article de Nicolas Morin que j'avais mis de côté, La bibliothèque risque-t-elle de disparaître?. Il y dit : "Mais il faut aussi réorienter les bibliothèques qui, de services strictement culturels, doivent devenir des services généraux de la collectivité". Je suis tout à fait d'accord avec cela, la bibliothèque doit trouver une place autre dans la société. C'est je crois Jean Yanne qui disait dans les années soixante "Quand j'entends le mot culture, je sors mon révolver". Je suis prêt à faire la même chose aujourd'hui. Et le web est peut-être un terrain d'investigation intéressant pour tester cela. Je laisse Nicolas Morin conclure (dans le mêm article) :
"élargir le spectre des interventions de la bibliothèque pour que son sort ne soit pas lié au seul destin de la culture".