
(Voir l'article de Wikipedia, où il est dit qu'Aristote est à l'origine des cartes heuristiques)
L'heuristique, c'est l'art d'inventer, de faire des découvertes (Littré). La carte heuristique porte aussi le nom de carte des idées, carte conceptuelle, carte mentale, ou arbre à idées. C'est un schéma qui représente les liens qu'il peut y avoir entre différentes idées, entre différents concepts intellectuels. A la base, il s'agit d'une représentation principalement arborescente des données, basée sur les mêmes principes que les organigrammes. Mais si les liens sont souvent hiérarchiques, ils peuvent être tout autres : une idée en appelle une autre, parallèle, complémentaire, comme ce que l'on trouve dans certains livres ou sites.
Cette façon de procéder, une idée en appelle une autre, se répend sur le web, et que ce soit la navigation à l'intérieur d'un site, ou entre les sites, de lien en lien, on voit de plus en plus ce type de pratique. On ne lit pas un site comme livre, avec des chapitres qui se suivent suivant une cohérence logique dans un esprit de hiérarchie des connaissances ou de récit linéaire. Et c'est peut-être pour cela que le web donne une nouvelle jeunesse à cet outil qu'est la carte heuristique.
Comme sur une véritable carte géographique, on prend un chemin et on l'explore, tournant à droite si cela nous intéresse ou à gauche si le paysage nous semble plus beau. Le principe est qu'à partir d'une idée, on a le choix entre deux ou plusieurs pistes : on en choisit une et on avance. A l'intersection suivante on choisit de nouveau, et ainsi de suite. Si on se perd dans des idées que l'on n'avait pas prévues, ou trop complexes, ou qui ne nous intéressent pas, on revient en arrière pour prendre une autre piste. On est bien là dans l'art de faire des découvertes cher à Littré, et c'est pour moi un intérêt essentiel dans le mindmap, sinon autant garder un tableau vertical bien hiérarchisé : 1, puis 1.1, puis 1.1.1, etc... et quand on arrive au bout à 9.9.9, on ne sait plus de quoi ça parlait au début (disons qu'on n'a plus le plan de l'analyse dans la tête, et que le plan est un des éléments fondamentaux de la compréhension d'un texte). Ce n'est pas le cas avec les mindmaps, le plan est toujours présent à la vue et donc à l'esprit. Il n'y a pas qu'une façon de guider la pensée, et les cartes permettent de ... sauter du coq à l'âne, une idée en amenant une autre à laquelle on n'avait pas forcément pensé, ou surtout en allant directement à ce qui nous intéresse le plus sans être obligé de suivre un cheminement imposé.
Bien sûr, on est bien dans un plan, un schéma, qui permet de comprendre l'organisation d'une pensée, mais qui ne dit pas la totalité de cette pensée comme dans un document écrit, rédigé... C'est un outil complémentaire, cela ne remplace pas la pensée elle-pensée. Même si je pense que comprendre comment s'organisent les choses est un pas essentiel dans la compréhension d'un concept, et qu'il suffit ensuite de mettre aux bouts des branches un lien vers un document rédigé, une page de site web, etc., pour avoir aussi le développement de la pensée. C'est pour cela que la recherche sous forme de mindmap telle qu'on peut la faire sur Wikipédia est intéressante : on à le plan, est au bout les articles.
J'ai connu les cartes par des amis
enseignants il y a une dizaine d'années en Guyane, terre de découvertes
: ils s'en servaient pour préparer leurs cours ou leurs formations pour
adultes et m'avaient prêté le livre de Buzan. J'ai utilisé les cartes
au début pour préparer des interventions publiques, conférences ou
débats. C'est très pratique, schématique, on a toutes les idées sous
les yeux pour ne pas en oublier, quand on part dans une voie on peut
l'explorer jusqu'au bout si on a le temps ou revenir en arrière. On
garde toute la cohérence de son discours sur une page. On a une vue
d'ensemble, immédiate et claire, de son sujet. A l'époque, l'outil
était la main prolongée par un bon vieux stylo bille 4 couleurs.
Une carte pour expliquer les cartes
Rien de telle qu'une bonne carte pour expliquer les cartes : Serge Ariès en a réalisé une que je vous conseille, en particulier les branches le mindmapping, utilisations possibles ou avantages et inconvénients.
(pour ouvrir la carte Mindomo, cliquez sur l'icône en haut à gauche puis sur "edit this map")
Un outil d'abord personnel
C'est au départ un outil personnel. Une carte se lit difficilement par d'autres, parce qu'elle est très vite si complexe qu'on n'y comprend plus rien : seul celui qui l'a conçue s'y retrouve. C'est le tort avec certaines cartes, et des intellectuels s'amusent parfois à en créer de gigantesques, satisfaisantes intellectuellement certainement, mais indigestes à la lecture (voir un diaporama très instructif sur FlickR).
La carte permet de structurer son esprit plus facilement qu'un plan qui hiérarchise obligatoirement les idées (le 1 est avant le 2, donc parait plus important : sur une carte il est autour, à droite ou à gauche, en haut ou en bas ; on peut rassembler des groupes d'idées sur un côté, mais il n'y a pas de hiérarchie sauf si on décide d'en attribuer une). L'intérêt est d'abord égoïstement personnel : quand on a besoin de rassembler ses idées (pour un cours, une conférence, un exposé, un article...), la carte me semble l'outil le plus approprié, en tout cas pour démarrer.
Un outil de présentation, à partager
La deuxième utilisation est le partage : si on fait une carte c'est aussi pour qu'elle soit lue. Par des collègues, des amis, des stagiaires, des élèves... tous ceux à qui on est susceptible de transmettre un message, ou mieux tous ceux qui travaillent ensemble sur un projet. Le poids des mots et le choc de l'image : une carte ce sont des mots concis, pas de grands discours, et on les voit d'un coup d'oeil. On est obligé de schématiser notre pensée, ou celle du groupe, et celle-ci apparait donc plus claire.
Les formateurs ont souvent l'habitude de poser des questions aux stagiaires et d'inscrire leurs réponses sur un tableau blanc ou un paper board. Mais mettre plusieurs feuilles côte à côte pour visualiser toutes les pistes envisagées dans ces discussions n'est guère possible. La carte heuristique peut prendre le relais et présenter tout le contenu d'une séance de brainstorming dans une formation ou une réunion de travail interne, aidé par un vidéoprojecteur.
Bruno Orsier, développeur et formateur, les utilisent en formation (avec vidéo-projecteur), vous pouvez voir la carte qu'il en a tirée, en particulier la branche Animation de réunions.
Mari-Cécile Isenmann, enseignante ou documentaliste, en a réalisé une très efficace pour montrer à des élèves comment utiliser internet, elle vaut le coup d'être récupérée.
(pour ouvrir la carte Mindomo, cliquez sur l'icône en haut à gauche puis sur "edit this map")
L'informatique la rend plus efficace
L'informatique change la donne. Là où les feuilles manuscrites trop riches étaient illisibles, les nouveaux logiciels que l'on utilise aujourd'hui permettent de ne développer que les branches que l'on suit et pas les autres. Cette façon de faire est très facile aujourd'hui avec les outils informatiques, surtout quand on n'est pas le créateur de la carte : on chemine aisément dans la pensée des autres. Sur le net aussi quand on recherche un renseignement, on est amené à suivre une logique qui n'est pas celle d'un découpage rationnel des connaissances, et qui est plutôt à rapprocher du butinage observé chez les lecteurs de nos bibliothèques. Une idée en amène une autre, on glane ici et là, et on découvre plus que l'on ne suit une idée bien claire.
L'informatique permet d'avoir une vision de la carte à chaque étape du développement des idées : on peut n'afficher que le niveau 1 (en haut à droite sur Mindomo), celui qui marque le début des branches partant du sujet central. On voit vite les différents points de vue, les différentes orientations, et l'informatique nous permet de ne développer que la ou les branches que l'on souhaite. On peut créer de grandes cartes, et comme on ne les développe pas entièrement, elles restent lisibles.
Une carte pour orienter (banal me direz-vous!)
Si la carte permet de comprendre l'organisation des choses, elle permet aussi d'accompagner des lecteurs dans leur propre cheminement, et en particulier de les aider dans leurs recherches : la carte Cinéma que j'ai réalisée est de cette sorte : on part des différents besoins possibles des lecteurs, et on répond à ses questions supposées. Je suis persuadé que c'est un bon moyen pour permettre aux bibliothécaires et documentalistes de mettre en valeur leurs compétences et de proposer à leurs lecteurs des liens, des sites, des pistes de recherche, des conseils, des orientations, ce qui fait le boulot du bibliothécaire, quoi. On ne prescrit pas, on n'impose pas notre savoir immense, mais on accompagne le lecteur dans sa réflexion et dans sa recherche, en lui offrant quelques piste et en lui donnant les moyens d'aller tout seul plus loin : les sites spécialisés sont des exemples de ce que l'on peut trouver, les sites généralistes des points de départ pour des recherches plus poussées.Et n'oubliez pas qu'il y a des similitudes entre ce type de carte et de démarche, et puis certains moteurs de recherche nouveaux comme Aquabrowser ou TouchGraph.
Au moment de clore cet article, je découvre sur innovablogue, un article sur la création de cartes à partir de nos recherches sur le net, les liens entre sites créant une nouvelle cartographie. Cela s'appelle le Web-mining... A explorer avec Navicrawler.
Pour commencer
Sur Pétillant ou d'autres sites (voir plus bas), vous trouverez des listes complètes de logiciels et des tutoriels. Pour ceux qui veulent commencer simple, gratuit, et sans téléchargement de logiciel, même libre, Mindmeister est très facile d'utilisation, basique, sans fioriture, et donc particulièrement adapté aux débutants.
Quand vous atteindrez les limites de Mindmeister (rapidement), Mindomo vous conviendra plus, mais il est déjà plus complexe.
Plus d'infos
un Groupe de discussion sur Yahoo
le site Pétillant, référence dans les cartes heuristiques
un autre site, Sérial mapper
et un plus largement lié à nos collectivités territoriales, Collectivité numérique
La recherche dans Wikipédia sous forme de mindmapInnovablogue complète de façon très intéressante le sujet en proposant les utilisations possibles des cartes : 27 exemples traduits de Bootstrapper
un tutoriel Mindomo sous forme de mindmap
En revenant de quelques jours de vacances en Puisaye j'ai écouté Service public, l'émission de France inter, consacré le lundi de Pentecôte à internet, avec entre autres invités Dominique Maniez, auteur des 10 plaies d'Internet, dont David Liziard a déjà fait une critique. Il a surtout parlé des travers de Google (comme il le fait dans ce chapitre du livre en ligne), et on ne peut pas vraiment le lui reprocher. Mais il a dans sa façon de parler l'air de prendre les internautes de façon générale et ceux qui écrivent en particulier, pour de sombres crétins, globalement, et cela reste un peu en travers de la gorge. Je reprends juste une critique faite sur Wikipédia et qui m'énerve un peu parce qu'elle ne lui est pas propre du tout, je l'avais entendu dans un débat du Salon du livre et elle est fréquemment reprise par les adversaires de Wikipédia, dont nombre de collègues : l'article sur Laure Manaudou est plus long que celui sur Paul Ricoeur !
Scandale ! Suivant les interlocuteurs, la nageuse est remplacée par une actrice porno, un homme politique, ou tout autre personne qui jusqu'à présent ne frayait pas dans les mêmes eaux que les philosophes reconnus par notre élite intellectuelle. Faut tout de même pas mélanger les torchons et les serviettes. On est là sur une différence fondamentale entre Wikipedia et ses anciennes consœurs : l'encyclopédie collaborative contient des articles sur TOUT et TOUS (enfin presque), sans hiérarchie et sans jugement de valeur, sans des penseurs bien pensant qui disent à la population nationale ce qui est bon pour elle, ce qui a de la valeur et mérite d'être connu. Le reste, au panier !
On n'est plus dans l'économie de la rareté, on n'a plus à sélectionner quand on peut tout proposer, quand l'objectif est de donner des définitions et non pas de de dire ce qui est important : Wikipédia laisse à ceux qui veulent faire ce travail de sélection, de conseils, le loisir de publier leurs propres outils. Mais pourquoi toujours jeter la pierre à ceux qui créent, alors que le problème est simplement que les "anciens" n'ont pas compris ce qui se passait, donc ne se sont pas adaptés, donc ne créent pas (pas assez) des articles, des outils et des sites qui correspondent à ce qu'ils attendent.
On a tous en mémoire ces temps où on lisait un dictionnaire ou une encyclopédie comme un roman ou un ouvrage merveilleux. Les détracteurs de Wikipédia ont l'impression que cela ne peut plus se faire, sous peine d'avoir sous les yeux les vies de gens ordinaires, ne faisant rêver personnes. Pourtant s'il y a bien un lieu où découvrir des mondes inconnus il me semble qu'internet est quand même bien placé ! Le problème n'est pas dans le contenu existant, qui n'est pas à critiquer, mais d'une part dans les manques de ce contenu (manques existant surtout parce que les intellectuels d'hier qui prenaient tant de plaisir à lire les encyclopédies n'ont pas compris qu'aujourd'hui il fallait mettre un peu plus la main à la pâte et participer aussi pour défendre ses idées et sa conception de la culture et du savoir), et d'autre part dans la mise en avant des contenus intéressants : et là bien sûr on est tous d'accord, il faut trouver comment faire avec tous ces outils à notre disposition.
Laure Manaudou et Paul Ricoeur côte-à-côte c'est une bonne chose, aux médiateurs - accompagnateurs et autres bibliothécaires de proposer des méthodes pour permettre aux utilisateurs de faire la part des choses. Je suis bien certains qu'il y a en France quelques centaines de professeurs de philosophie tout à fait capables d'écrire de longs articles sur Ricoeur et d'autres, qu'ils le fassent donc au lieu de critiquer ceux qui font, eux, ce qui correspond à leur propre plaisir et à celui de leurs pairs. Qu'ils créent des sites références sur la philosophie et les grands penseurs de ce monde, qu'ils les fassent connaître, qu'ils les rendent attrayant,... et les bibliothécaires se feront un plaisir de les citer et de les conseiller à leurs lecteurs.
Mais finalement qu'est-ce qui est le plus important ? Que les
amoureux de Ricoeur ne soient pas pollués par Laure Manaudou, ou que
les amoureux de la nageuse puissent tomber sur Ricoeur en feuilletant
Wikipédia ?
Il est bon de voir que Larousse se lance dans l'aventure de
l'encyclopédie en ligne, et quand même un peu collaborative : c'est
bien sûr une expérience à suivre, bravo à eux. On a toujours dit que le web 2.0 n'était pas un Dieu unique, à suivre aveuglément, et il faut bien entendu en limiter les travers et les dangers, mais il est regrettable que le succès des 10 plaies de l'internet se fasse dans l'optique de lire enfin des arguments qui vont démonter les visions fanatiques des illuminés qui ne jurent que par le web 2.0. A nous de prendre ce pouvoir de militer pour le web 2.0 tout en militant aussi pour un apprentissage des méthodes de recherche, de lecture et d'appropriation des contenus trouvés.
Après Romans-sur-Isère, Biblio.fr nous informe de la création de l'Univers Netvibes de Digne-les-bains. On y va lentement mais sûrement. Les bibliothèques commencent à jouer un vrai rôle dans le développement des web locaux, en créant des portails qui permettent d'accéder à une masse d'informations nationales mais surtout locales. Au fil des exemples, arriveront bien à se détacher des orientations communes, chaque site les améliorant ensuite avec des resosurces locales propres. Longue vie donc à ces portails et bravo aux collègues de Dignes-les-bains.
[MAJ: et aujourd'hui je découvre par La Feuille le portail des bibliothèques de Brest, moins local et plus livre]