2 posts tagged “bibliothèques”
En vagabondant sur le net , j'ai été voir de plus près les idea-store, grâce en particulier à cette petite page wiki de liens sur ce concept anglais (j'ai honte, je ne sais plus où j'ai trouvé la référence de cette page, ni qui l'a faite), sur laquelle on trouve un compte-rendu de visite d'Amandine Triboulet de la BDP d'Eure-et-Loire. Très détaillé et précis on a une assez bonne vision de ce qu'est un idéa-store, allez y voir.
Elle est sceptique sur 2 points, qui personnellement ne me gênent pas :
- le fait que les bibliothèques "doivent compléter leur budget par leur propres moyens" : "Par exemple le rayon santé est-il très développé parce que cela a paru capital au personnel par rapport aux besoins des usagers ? Ou parce que le ministère de la santé subventionne ces actions ?" Qu'y a-t-il donc de choquant là-dedans ? D'une part on peut supposer qu'il y a un lien entre besoins du public / politique documentaire / subventions recherchées, et d'autre part qu'un ministère aident d'autres institutions me semblent particulière normal : je suis prêt à recevoir des sous du ministère du travail et de l'emploi pour le fonds que l'on développe sur le sujet, d'autres sous du ministère de l'environnement, de la santé, de la recherche... pas de problème de conscience là-dessus. Des fonds publics qui alimentent les services publics, ça ne me gêne pas. S'ils était privés ? Il faudrait voir, tout l'argent qui circule dans les entreprises n'est pas de l'argent sale, obtenu sur le dos de travailleurs exploités et destinés uniquement à rapporter encore plus (allez voir du côté des ISR, Investissements Socialement Responsables).
- "Le fait que le personnel ne soit pas formé alors qu'il pratique le triple métier de bibliothécaire - formateur - assistant social ne nous paraît pas judicieux." Non je ne vais pas taper sur la formation en France (je pourrais ?), mais je crois que l'on apprend plus le livre, le document, que le lecteur. Sommes-nous performants dans la connaissances du comportement des lecteurs et leur accompagnement ? Je n'en suis pas sûr. Et des fois, des étudiants vacataires sont bien plus proches des lecteurs que des bibliothécaires formés mais enfermés dans des comportements élitistes (aïe je dépasse les bornes, je vais me faire taper dessus). Notre métier, dans sa partie relation avec le public, est-il si difficile que cela, si spécialisé, que seuls des années de formation à l'enssib puisse y préparer ? Qui faut-il former dans ces idea-store ?
A trop vouloir dire que certaines tâches ne sont pas de notre ressort, qu'on n'est pas formés pour, doivent être faites par d'autres, on va finir par montrer nous mêmes qu'on n'est plus adaptés à notre propre travail et qu'il faut mettre d'autres personnes que les bibliothécaires dans les bibliothèques. Il y a plusieurs métiers dans le bibliothécaire, ceux liés aux tâches internes et aux collections, et ceux liés au service public et à la transmission des connaissances. D'un côté on bâti une boite et son contenu, de l'autre on met tout ça à disposition du public. Il y a bien sûr un lien entre les deux, mais seulement un lien : qui n'a pas dans sa bibliothèque des personnes totalement inadaptées au service public ? Des gens qu'on ne met plus en salles et que l'on cantonne à du travail de couverture ou de catalogage (quand il y en a encore, à croire qu'on en garde uniquement pour utiliser ces personnes !).
- le bibliothécaire pour lui faire connaître les populations qu'il souhaite aider, leurs problèmes, leurs réalités quotidiennes...,
- le formateur qui connaît ces publics et sait comment transmettre le savoir
- le travailleur social qui est celui qui connaît le mieux ces publics et leurs besoins
Il n'y a rien de choquant à dire que des personnes qui n'ont pas eu de longues formations de bibliothécaires soient tout aussi capables d'accompagner un public, parce que les compétences en "assistance", en "accompagnement", en "médiation", en "pédagogie", ne sont pas une spécificité de notre métier. La culture générale non plus.
Jeudi 29 novembre, l'ABF et l'ADBS ont organisé à l'Alcazar une journée d'étude sur les pratiques numériques en bibliothèque. Vous en trouverez compte-rendu et liens sur les blog de Franck Queyraud et Michel Roland-Guill, les modérateurs de cette journée. J'attendais le diaporama d'Hervé Le Crosnier mais il tarde, alors je publie quand même ce post qui reprend simplement le contenu d'une des diapos de son très riche powerpoint, celle sur des missions qui devraient être les nôtres en bibiothèque : (je reprends de mémoire en l'absence de la diapo, je corrigerai dès qu'elle sera accessible, histoire aussi de resituer son propos)
- Renforcer la création participative
- Ajouter au bien commun de l'information
- Recréer de la communauté
Pour ceux qui ne connaissent pas spécialement les CUCS, une des particularités est que le droit commun est beaucoup plus impliqué qu'autrefois, et que l'on demande donc aux services municipaux de participer et proposer des actions. Vous me direz que vous n'avez pas attendu qu'on vous le demande, je suis d'accord, mais toutes les villes et tous les services de ces villes ne s'impliquaient pas forcément de la même manière jusqu'à présent, et un petit coup
de pouce institutionnel ne fait pas de mal.
Ci-dessous donc quelques commentaires qui entrent dans le cadre des souhaits d'Hervé Le Crosnier, faits pour les CUCS, mais aussi d'autres plus généraux déjà évoqués dans certains posts (je le répète, ces propos énoncés comme des généralités, ne concernent pas tout le monde, certains en bibliothèques travaillent largement dans ce sens depuis longtemps. il s'agit plutôt ici de reconnaître ces orientations pas toujolurs comprises, et de les transformer en objectifs pour toutes les bibliothèques - parce que là on en est vraiment très loin).
- Renforcer la création participative
- La "création participative" est-elle une solution pour faire reculer la fracture numérique, et cette expression est-elle la bonne ? Que peut-elle recouvrir ?
- fracture en matériel, en connexion : pas évident. Si l'on met de côté la fraction de la population la plus fragile, la plus pauvre, une grande partie de la population sera bientôt équipé et connectée, ne serait-ce que parce que la téléphonie illimitée entre dans la plupart des foyers (et en particuliers dans les cités à forte densité immigrée)
- fracture en capacité d'utilisation : là oui on en est plus proche. Mais surtout pour les personnes d'un certain âge, pour les jeunes cela se pose moins voire pas du tout
- fracture en matière d'écriture et de prise de parole : je crois que le problème reste celui-ci. Un des principaux cheval de bataille de L'AFL (Association Française pour la Lecture), prendre le pouvoir sur sa vie, est lié à la maîtrise de la lecture et de l'écriture. "Réimplication de chacun dans la responsabilités et le pouvoir sur les différents aspects de sa vie" est le premier objectif de la charte des villes-lecture (lire aussi "Pouvoir, savoir, et promotion collective"). Ici la fracture numérique est une accentuation de la fracture culturelle et sociale parce que la prise de parole sur internet est forte et visible, et qu'il faut permettre à un plus grand nombre possible de personnes de prendre cette parole, de l'exprimer, de créer communication et savoir, avec cet objectif de prendre le pouvoir sur sa propre vie. Donner la possibilité de "participer" à la vie de la cité est certainement le plus beau de nos objectifs, et celui qui s'éloigne le plus de notre action antérieure, où le "lecteur" (l'usager, le client, comme vous voulez, jamais le citoyen) avait plus l'habitude de "recevoir" que de "participer". Les CUCS nous permettent probablement, par la collaboration avec les associations, de jouer ce rôle.
- Ajouter au bien commun de l'information
- Agents dont le métier est l'information et la communication, nous n'ajoutons que rarement à ce "bien commun". Nous discutons entre nous, nous publions parfois dans des revues professionnelles, maintenant nous bloguons un peu, mais qu'apportons nous au monde de l'information ? Parallèlement au portail de veille présenté il y a trois mois, et qui avait été un échec pour le travail collaboratif que je proposais en interne, j'ai essayé de faire un portail thématique pour justement produire du "bien commun". Mon incompétence technique et la grande difficulté pour trouver une oreille attentive prolongée par une main habile sur une souris, m'a jusqu'à présent empéché de le faire. Mais je ne désespère pas. Il faut bien sûr créer et participer. Nous sommes censés connaître les sources d'information tout autant que les publics, alors mettre du lien entre les deux ne devrait pas être difficie !
- Recréer de la communauté
- la communauté, c'est du lien entre des personnes, des groupes, au service d'autres personnes, d'autres groupes... Nous ne sommes pas en relation directe avec les populations, et nous voudrions créer du lien, de la communauté ? Bien prétencieux ! Et pourtant oui, parce que dans un quartier nous sommes "extérieurs", nous représentons la Ville, le savoir, l'éducation, la Culture,... tout ça avec des majuscules. Nous ne faisons pas partie de la famille. Nous sommes sur notre piédestal, dans nos bureaux, et quelques intrusions dans la rue n'y changeront rien. Alors développer une communauté autour de la bibliothèque ne sera pas si simple. J'ai déjà abordé cette question ici ou là. Et je reste persuadé (c'est plutôt du niveau de l'intuition), que l'avenir est dans les rapprochements avec les réseaux sociaux utilisés par les internautes pour d'autres besoins plutôt que dans la création de nouveaux outils ou services sur nos portails traditionnels de bibliothèques.
- la communauté c'est aussi la ville elle-même. Les portails locaux sont une possibilité dont on ne mesure pas encore je crois toute l'importance. Nous avons, nous, bibliothèques, une place importante à prendre dans la création de ces portails qui diffusent de la connaissance, de l'information, de l'actualité,... qui éduquent, qui forment, qui amusent,... la vie quoi ! Tous ces mots qui précèdent, nous les employons bien tous les jours pour définir nos missions. Un portail local peut être piloté par le service communication de la ville, par un prestateur extérieur étranger, par une association... mais un portail créé par des bibliothécaires aurait je crois un petit plus : ce LIEN que nous vivons au quotidien entre des contenus de tous ordres (dont nous avons en principe une bonne connaissance) et des personnes de tous poils (que nous connaissons bien aussi).
- et peut-il y avoir des portails de quartiers ? (je pose la question mais je sais qu'il y en a ici ou là, peu je pense, mais étant par définition pour des quartiers, ils ne cherchent pas forcément à en sortir et se faire connaître à l'extérieur). Comment des associations et des institutions peuvent se regrouper sur le terrain et créer des outils au service de la communauté ? C'est un des objectifs que j'ai avec les CUCS, mais le démarrage risque d'être long car je me rend compte que nombreuses sont les associations qui n'ont aucune connaissance d'internet (première fracture contre laquelle lutter).
(Pour poursuivre la discussion sur les objectifs et missions, vous pouvez lire aussi Louis Burle, Bertrand Calenge et Jean-Michel Salaün, Patrick Bazin ou Xavier Galaup)