2 posts tagged “intelligence collective”
Suite des commentaires au diaporama de Philippe Bernoux.
Malheureusement les administratifs ont tendance à oublier cela, certains bibliothécaires aussi il faut le reconnaître. Fort de la légitimité des dirigeants, ils en oublient ceux qui ont en charge la mise en œuvre des projets et sans lesquels aucun ne peut se réaliser pleinement.
L'intelligence collective existe aussi en bibliothèque.
Quels que soient les qualifications des membres d'une équipe en bibliothèque, il y a des choses à prendre, des points de vue, des analyses, des impressions, et ce qui est important c'est la mise en relation de ces remarques, qui toutes participent à former un ensemble cohérent et opérationnel. Notre travail est alors plus souvent de déclencher la parole et de lui permettre de s'exprimer, surtout quand de fortes personnalités intimident des collègues qui n'osent pas prendre la parole. Notre rôle est aussi de donner la dimension sociale et politique qui manque parfois. Mais les collègues ont parfois du mal à accepter qu'on leur demande leur avis, pour ne pas le suivre ensuite. C'est dur à vivre. C'est donc bon de rappeler de temps en temps qu'un fonctionnaire est au service d'une collectivité territoriale, et que servir la politique mise en place est notre devoir. Quitte à faire intervenir les organisations syndicales lorsque le décalage devient trop grand.
La diapo de Bernoux est à afficher dans tous les bureaux et à méditer en permanence, histoire de mettre toutes les chances de notre côté quand on monte un projet, ou simplement qu'on essaie de faire évoluer un service et d'y introduire des changements.
Pour inventer chaque matin de quoi satisfaire ce public (pour reprendre, encore une fois, une proposition de Bazin sur LH), il faut deux ingrédients :
- des personnes qui ne seraient pas enfermées dans un carcan rigide, reproducteurs inlassables de ce qu'ils ont appris de formateurs reproduisant eux-mêmes, etc.
- une organisation qui permette l'émergence d'un esprit collectif tourné vers l'invention, l'innovation.
Est-il anormal d'imaginer que nos bibliothèques puissent devenir un "bouillon de culture" propice à l'émergence de nouvelles idées, de nouvelles démarches ? Le concept d'intelligence collective, cher à Pierre Lévy, peut nous y amener : « On appelle “intelligence collective” la capacité humaine de coopérer sur le plan intellectuel pour créer, innover, inventer.» (FING) et "Une société « intelligente partout » sera toujours plus efficace et vigoureuse qu’une société intelligemment dirigée." (Le Monde diplomatique), ou plus récemment dans Le Monde et déjà commenté ici,
ici et ici. Il faut que nous acceptions de perdre un peu de notre pouvoir au prix d'une prise de pouvoir collective de ceux qui ont quelque chose à dire (et ça n'est pas tout le monde dans une bibliothèque). Cela permet entre autre l'émergence d'une culture commune aux équipes, une motivation et une reconnaissance des capacités des personnels, cadres ou pas. Cela permet surtout d'être en permanence en éveil, de se remettre sans cesse en question.
Mais ce fonctionnement ne peut se mettre en place indépendamment du reste de la collectivité. Cela ne sert à rien de proposer dans son service une démarche vers une "intelligence collective" lorsque celle-ci est niée dans la collectivité. On voit vite celles qui ont développé un tel état d'esprit. Elles ont instauré une écoute des populations et des techniciens que nous sommes, une prise en compte de leurs besoins et de leurs opinions, qui rejaillit sur leur organisation. La mise en place de projets de services, de blogs, de wikis (je les ai découverts au sortir de la forêt amazonienne grâce au Spip de Brest), de forums, de comités d'utilisateurs, de conseils des anciens ou des jeunes... autant d'outils pour être au plus près des citoyens. La communication, la programmation, sont-elles contrôlées et verrouillées par le Dircom ou le Dircab ? Pas besoin d'amener l'intelligence collective, ce sera en pure perte, et la déception sera au rendez-vous.
Combien de bibliothèques ont réellement bâti des projets de service validés par élus et administration ? (Eric, tu nous fais un article ?) Combien ont mis en place des outils de communication interne permettant le dialogue, le débat d'idées, la construction d'un projet ? Parmi les rapports et mémoires de l'ENSSIB, il en est quelques uns qui abordent les questions d'organisation ou de management, mais ils se comptent sur les doigts d'une main, deux peut-être, parmi des centaines (ce qui montre que cette vénérable institution, si elle forme les bibliothécaires et conservateurs d'aujourd'hui et demain, ne forme pas vraiment les directeurs - le changement de modèle prôné en ce moment serait-il aussi un changement de modèle d'école ?) : dans Management des ressources humaines, on ne trouve rien sur la communication interne. Il faut aller dans L'intranet en bibliothèque pour avoir une description de celui de la bibliothèque de Lyon (encore !! à moins que ceci explique cela) et de l'importance de la communication interne, même si des bémols doivent être mis quand à l'utilisation réelle. Il n'en demeure pas moins une culture d'entreprise commune et surtout des réalisations qui naissent de cet état d'esprit, à commencer par le Guichet du savoir.
Et l'importance de cet aspect de l'organisation apparaît aussi dans l'organigramme de la bibliothèque, par la place occupée et la personne en charge de ce service. Nous sommes bien là au coeur de notre métier de cadre, et Bazin est bien placé pour parler invention et innovation.
Mais à cette intelligence collective interne à l'organisation des bibliothèques, il faudrait peut-être bien aussi inclure celle des utilisateurs (et non utilisateurs) : ils sont par essence les destinataires de notre action, ils ont leur mot à dire et rien ne devrait se faire sans eux, mais ça c'est encore un autre problème. Vous pouvez lire ici le billet d'Hubert Guillaud sur le sujet.