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On en parle sans arrêt de ce lecteur, on dit qu'il est le centre, le point de départ, le but ultime, on le prend par tous les bouts pour le mettre en avant... mais est-il si présent sur les pages d'accueil des sites de bibliothèques ?
Quels sont les sites qui ne se contentent pas de lister leurs offres et leurs services, et mettent le besoin du lecteur en avant ?
Deux questions :
1 : Connaissez-vous des pages d'accueil de sites de bibliothèques qui partent des besoins des lecteurs ?
2 : Connaissez-vous des sites de bibliothèques qui ne s'adressent pas au lecteur de bibliothèques (ou futur lecteur, celui qui sait qu'il peut ouvrir la porte de la bibliothèque), mais à des citoyens ?
Pourquoi les sites de bibliothèques sont-ils faits pour les 7,5% de la population fréquentant la bibliothèque (ici), pour les 17% ailleurs ? Pourquoi ne sont-ils pas faits pour les 58% des français de plus de 11 ans qui sont connectés à internet ? Pourquoi les citoyens n'utiliseraient-ils pas des sites, des portails, des blogs, créés par les bibliothèques, pour se laisser guider dans les méandres de l'information et du savoir, et en bout de course filer dans ce lieu appelé bibliothèque qui possède l'information ou le document "physique", et surtout des personnes si compétentes pour en parler et les critiquer.
On a peut-être plus à gagner (en image, en intérêt, donc en utilisation) à être présents beaucoup plus en amont dans les questionnements des citoyens. Ce n'est pas le lecteur / usager qu'il faut servir sur le net, c'est le citoyen. Et on en revient aux questions de territoires.
Toujours dans l'exploration des pratiques liées à l'utilisation d'internet, je suis en train de lire ce livre de Steve Krug, et certaines réflexions interpellent les bibliothécaires.
"Pour la plupart d'entre nous, comprendre comment les choses fonctionnent n'a aucune importance, à partir du moment où l'on arrive à les utiliser" (p.28)
Les internautes ne veulent pas savoir comment fonctionne un site, toutes les richesses qu'il cache dans ses pages, son organisation... ils veulent une réponse à leurs questions ! Pourquoi en serait-il autrement dans les bibliothèques? Les lecteurs ont-ils besoin de savoir comment fonctionne et s'organise la bibliothèque pour l'utiliser? (que les bibliothèques qui utilisent encore le tableau des cent subdivisions - voire des mille- lèvent le doigt). La bibliothèque est-elle aussi facile d'accès qu'un site ? Est-ce qu'en trois clics pas il est devant le livre qui l'intéresse. Pas sûr.
Cela me remet en mémoire une intervention de Bertrand Calenge dans une formation : le lecteur vous pose une question, il veut une réponse. Il ne veut pas qu'on lui enseigne Recherche documentaire, Opac ou Dewey, il veut une réponse à sa question. C'est sur ce principe qu'a été bâti le Guichet du savoir.
Pour l'anecdote, au même moment (il y a plus d'un an) dans les médias on parlait des préservatifs en vente dans les bureaux de tabac. Pas de rapport me direz-vous ? Mais si ! Le pharmacien interrogé protestait bien évidemment, disant que le buraliste ne pourrait jamais apporter l'information et la formation liée à la contraception. Et moi d'imaginer un mec pressé d'aller retrouver sa petite amie et demandant une boite de préservatifs au pharmacien, et celui-ci de répondre "assieds-toi, mon grand, je vais t'expliquer ce qu'il faut faire". Il y a fort à parier qu'il ne mettra plus les pieds dans une pharmacie pour ce genre de produits et se contentera des bureaux de tabac (et en plus il pourra acheter des cigarettes et faire son loto).
Prions mes blogofrères pour que le lecteur ne se contente pas d'internet (sur lequel en plus il pourra commander des préservatifs ou faire son loto).
Pour revenir à la recherche sur internet, d'autres réflexions de Steve Krug nous titillent:
"Il est toujours intéressant d'observer les concepteurs et les développeurs web surveiller leurs premiers tests d'ergonomie. La première fois qu'ils voient un utilisateur cliquer sur quelque chose de complètement inapproprié, ils sont surpris. C'est par exemple le cas lorsqu'un utilisateur ignore le bouton "logiciels" dans la barre de navigation et qu'il se justifie en disant "bon, je cherche un logiciel, alors je pense que je vais cliquer sur "promotions" car les promotions sont toujours intéressantes".
Lorsque cela se reproduit, ils s'énervent et crient "mais bon sang, cliquez sur "logiciels" !" Et la troisième fois, ils se disent "mais pourquoi je me suis autant cassé la tête, c'est vraiment donner de la nourriture à des cochons".
Voila une question intéressante. Si les gens passent leur temps à tâtonner, est-il réellement important qu'ils comprennent comment fonctionnent les choses ? La réponse est oui bien sûr. C'est capital, car ces tâtonnements sont inefficaces et sources d'erreurs.
A l'inverse, si l'utilisateur "pige" le fonctionnement :
- il y a plus de chances pour qu'il trouve ce qu'il cherche, ce qui est bénéfique pour lui, comme pour vous.
- il y a plus de chances pour qu'il comprenne ce que votre site peut lui apporter, au lieu de se contenter des sections qu'il parvient à faire fonctionner.
- il y a plus de chances pour qu'il accède aux zones du site que vous souhaitez qu'il voie.
- Il se sentira plus intelligent, et il aura le sentiment de mieux contrôler ce que votre site peut lui offrir. Il faut montrer la voie à l'utilisateur si on souhaite qu'il cesse de tâtonner."
Que nous faut-il faire ? Répondre à la question ou former le lecteur ? La réponse est peut-être dans l'accessibilité des bibliothèques, dans l'image qu'elles ont dans les publics, dans la communication qui est la nôtre, si peu adaptée. On fait un métier de communication tout de même, et l'on est assez piètre communicateurs. Moi en premier bien sûr, car entre ce que je sais qu'il faudrait faire et ce que je fais réellement il y a un monde. Parce que ces questions passent toujours en second dans la gestion d'une bibliothèque, noyés sous le quotidien que nous sommes, que ce soit au sein des équipes, vis-à-vis de notre hiérarchie directe, ou par rapport à la communication de la ville. Et pourtant il faudrait qu'on s'y colle rapidement.
Empêcher le lecteur de tatonner en BM, qu'est-ce que cela veut dire ? Entre le moment où il cherche chez lui sur un site web, celui où il cherche la bibliothèque dans la ville, où il se heurte aux horaires, celui où il cherche la section de la bibliothèque ou le rayonnage, et le livre sur le rayonnage, il y a une multitude de moments où le lecteur potentiel est bien obligé de tâtonner s'il veut devenir lecteur réel (ce qui n'est pas toujours le cas hélas). Nous devons donc travailler à la suppression de tous ces points de tâtonnement.
Pourquoi ce rapprochement avec l'accessibilité d'un site web ? Si les lecteurs quittent les bibliothèques parce qu'ils trouvent leur bonheur sur internet (c'est en tout cas ce que l'on entend dire), le problème n'est peut-être pas tant la qualité et la quantité des documents, que leur accessibilité. Internet engendre des comportements qui rend les bibliothèques traditionnelles bien peu attractives . "Je ne veux pas chercher" en est je pense un exemple, regarder de près ce comportement ne peut que nous être bénéfique.